mardi 7 août 2007

Cité l'Éternel.... et le repos éternel...

Bonjou tout moun…

Hier, j'ai eu une bonne journée.

Pour commencer, j’ai visité un bidonville du nom de Cité L’Éternel. Ouf… ce fut l'occasion de voir quelles sont les conditions de vie d'une partie de la population et surtout de constater combien elles peuvent être difficiles.

Dans un premier temps, je dois vous souligner que la réalité du citoyen habitant un bidonville n’est pas celle que nous connaissons à Montréal. En fait, nous ne connaissons RIEN DE TEL.

Premièrement, le bidonville de Cité l’Éternel est situé dans le bas de la ville (ou si vous préférez la basse-ville), alors tous les détritus du haut de la ville, qui sont jetés dans les canaux à cette fin, se retrouvent jonchés sur le sol dans la basse-ville.


Ensuite, il faut noter que les deux canaux qui délimitent Cité L’Éternel, ne sont plus creusés en profondeur mais son plutôt au niveau du sol de ce quartier…en fait, ils sont pratiquement au niveau des maisons et de la rue. D’ailleurs, le quartier lui-même est au niveau de la mer.



Alors en temps de grandes pluies, les immondices des quartiers en hauteurs coulent du haut de la ville vers la mer… sur Cité l’Éternel… Les canaux, qui ne sont pas creusés en profondeur, ne peuvent retenir tout ça, ce qui cause de grosses innondations et les canaux se déversent un peu partout dans le quartier.

Il y a deux entrées pratiquables en voiture dans le quartiers et quelques rues peuvent être utilisés par des véhicules, pour le reste, tout ce fait à pied.



Ici, le développement est dit « anarchique », d’ici quelques mois, de nouvelles maisons pourront être construites de nouveaux habitants y logeront. La personne qui habite la maison ci-après, si elle a un peu d’argent, construira un mur de béton…. Et construira, peu à peu sa maison.

On voit de tout dans une telle structure de développement… ici, je vous montre une latrine :



Ici, la plupart des maisons ont des latrines à l’intérieur, mais il existe des latrines publiques.

Bon, alors j’ai fait le tour et je disais à tout le monde : « bonjour »… évidemment.

J’ai eu droit à plusieurs commentaires en créole (qu’on m’a traduits) : « un bonjour c’est beau, mais c’est pas assez, donnes moi de l’argent »… ou « le blanc nous dit bonjour et ce sont les haitiens qui ne nous saluent pas » (dans un cas, où j’avais salué des gens alors de mes collègues discutaient).

Évidemment, on m’a dit que toutes sortes de commentaires fusaient… certains curieux, d’autres hostiles. Ce qui je crois est normal. Mais il faut aussi comprendre que vous êtes dans un bidonville de Port-au-Prince… donc assez pauvre. Vous avez une délégation de personnes en habits – cravate (en passant, il fait à plus de 35° Celsius) dont un blanc en habit cravate qui prends des photos.
Des dizaines d'enfants couraient autour de nous et nous ont suivi tout au long de notre visite.

Le commentaire « qu’est-ce qu’il vient faire ici lui… » est un peu normal. Et en plus je prenais des tas de photos. Évidemment, je ne peux insérer toutes mes photos, j'en ai pris une centaine et je ne peux, par conséquent vous faire voir tout ce que j'ai vu... mais au moins je vous en fournit un échantillon.


J’ai donc vu ce matin, ce que le touriste ne voit jamais, probablement parce qu'il ne veut pas le voir. De petits garçons m’ont dit « photo! photo! ».. alors la voici :




et j’ai vu des mecs qui jouaient au dominos :



et un commerçant qui vend des lotos…


Malgré son air un peu revêche, il m’a salué et dit un beau bonjour….

Et ce, sans compter le paysage assez impressionnant d’un bidonville toujours en expansion. Je devrais dire en implosion puisque, faute d'espace, les constructions se font dans la ville et vers la mer.



Bien entendu, tout ce monde grouille et travaille et s’organise pour vivre et survivre. Ce marchand vend du sel :



Alors que cette dame vend du charbon :

Y ap bat pou lavi
(ils se battent pour vivre)

Alors vous pouvez imaginer que ce fut une expérience tout à fait renversante, qui m’a donné la chance d’entrevoir la réalité que vivent certains habitants moins fortunés de ce pays. D’ailleurs, je croyais que le bidonville était tout à fait désorganisé, mais, j’ai rapidement compris qu’il y existe un code de vie non écrit et des règles que les habitants suivent… je ne prétend pas les connaître, mais je peux vous dire que ça se sens tout de suite.

Croyez-moi, en visitant un bidonville de la sorte, on acquiert du respect pour ces gens qui se livrent à une bataille quotidienne pour survivre.

Ensuite, nous avons fait un saut par le cimetière de Port-au-Prince… évidemment. J’aime voir les cimetières, ça me donne une idée de la ville et de la communauté lorsque je vois comment les morts sont traités.

Ici, ce sont des caveaux familiaux. De grosses structures destinées à recevoir les cercueils. Je n’ai su comment fonctionne le système de location des espaces, mais, j’ai constaté que le développement du cimetière était plutôt semblable au développement de Cité L’Éternel… de façon un peu anarchique, on dirait que le cimetière semble avoir été bidonvillisé à la manière de certains quartiers des vivants. Mais attention, il faut réaliser que la grande quantité de caveaux par rapport à l’espace disponible oblige à ce type de développement.



Et par la suite, j’ai eu des réunions de travail à la Mairie.

Bref, une grosse journée.

Le soir, je travaille devant mon ordinateur jusqu’à très tard… M’ pa gen chwa


En passant, je vous écrit cette entrée de blogue et il est passé minuit, je profites d'une des rares occasions où internet fonctionne bien. Et comme j'ai trouvé le moyen de m'enfermer hors de ma chambre, je n'ai que ça à faire en attendant qu'on m'ouvre pas porte (hum hum...) Mais à l'heure qu'il est, je doute que je vais dormir dans ma chambre ce soir... et ce matin, je n'avais pas d'eau... quelle journée!!! Mais si vous avez bien regardé les images qui précèdent, vous comprendrez que je n'aie même pas envie de m'en plaindre... ce serait presque indécent de le faire.

Vous constatez certainement qu'entre l'Asile Municipal et le bidonville de Cité L'Éternel, je ne fais pas des visites de sites touristiques!! mais je suis ici pour travailler et connaître la réalité de Port-au-Prince... alors je dois voir toutes sortes de paysages et de réalités, des belles et des plus difficiles...

Babay tout moun

Richard

1 commentaire:

@nturij@ a dit…

Bonjour,

Je suis doctorante à l'EPFL à Lausanne (Suisse). Je voudrais vous contacter pour les droits de l'auteur pour la photo de Cité l'Eternel qui se trouve dans le texte.

La photo sera publiée dans un bouquin non commercial, sans but lucratif, développée à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) à Lausanne en Suisse. Le bouquin contient 16 études de cas sur les différents bidonvilles dans le monde entier et chaque étude de cas est représentée par 2 photos. À cet égard, je voudrais demander votre autorisation pour utiliser la photo mentionnée pour représenter Cité L’Eternel en Haïti. En tout cas, si la photo a un but lucratif, je voudrais vous demander sur le prix pour l’utiliser dans notre bouquin ?

Mon courriel est marija.cvetinovic@epfl.ch

Merci d'avance!
Cordialement,
marija